lundi 7 novembre 2011

D'un clown et de son public (apologue)

Honnêtement, les gens sont bizarres. Je connais un clown, un vrai clown, un professionnel. Il essayait de faire rire le public. Ça ne marchait pas. Il avait toujours un fond de tristesse en lui que le public sentait et qui l'empêchait de rire de ses pitreries. Notre clown se résigna : « Puisqu'ils ne veulent pas rire, je vais les faire pleurer ! » Il s'abandonna à sa tristesse de fond. Le public ne fut pas ému qui ne comprenait pas, lui qui voulait rire et non pleurer. Le clown fut bien près d'abandonner tout à fait son nez rouge pour se lancer à corps perdu dans une carrière de fonctionnaire ou de maître-chanteur, quand un soir, à bout de nerf, il explosa. Il se mit à invectiver le public de la manière la plus odieuse, le tout accompagné de gestes d'une obscénité inouïe. Dernier acte, pensait-il. Or, et contre toute attente, le public au lieu de lui balancer des chaises et toutes sortes d'objets, se mit à l'acclamer, tant et si fort que le clown enchérit dans l'invective et l'obscénité, avec davantage de succès à chaque envolée, à chaque spectacle, et ce des années durant. Il devint une vedette et s'enrichit . 

« Vois-tu, me dit-il un soir de spectacle, alors qu'il venait de s'acharner sur un paisible retraité aux oreilles quelque peu décollées et écarlates — vois-tu, mon ami, je ne sais si les Français sont des veaux comme le prétendait le Vieux, mais le public, ce qu'on appelle en général le public, la masse, ces gens qui assistent on ne sait pourquoi à des spectacles, eh bien c'est la puissance suprême de la connerie. Tu mets cent personnes intelligentes ensemble, tu as beau additionner les QI, au final tu n'as qu'un seul gros con : le public. Quelle honte aurais-je à plumer un tel pigeon ? »

Je lui suggérai de se lancer en politique. « Que crois-tu que je fasse ? » me répondit-il, hautain.

1 commentaire:

  1. C'est bien vu. Pour plaire il suffit de se montrer le plus déplaisant possible, le plus obscène aussi. Et la connerie fait aussi boule de neige. Plus la boule est grosse, plus il y a de cons. Et plus celui qui mène les cons (qui est parfois encore plus cons que les cons, mais qui est pervers et méchant de nature) réussit à mener son troupeau de moutons bêlants, contents d'aller au sacrifice et mourir pour la bonne cause.

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