mardi 6 septembre 2011

Un rêve affreux

Au temps du bonheur...
J'ai fait la nuit dernière un rêve épouvantable. J'avais fait le choix, amour ou faiblesse, à sa demande peut-être, de reprendre la vie commune avec ma femme (ou ex-femme, je l'ignore). Je me rendais compte très vite de mon erreur. Il y avait entre nous bien davantage qu'un lourd contentieux, et si ma femme pouvait s'être excusée du mal qu'elle m'a fait, j'avais pu lui pardonner par bonté, en désaccord total avec mes tripes. Elle était assise à table, moi debout, et je ne la reconnaissais pas. Elle, si vivante, un peu trop parfois, fixait la table sans mot dire, anesthésiée, le regard éteint. Ce n'était pas son visage exactement, mais c'était elle. Je me sentis soudain, en la regardant, saisi de toute ma lucidité. Ce n'était plus la femme que j'avais aimée, mais son ombre. Elle était ainsi désormais et le serait toujours. Jamais plus elle ne retrouverait son éclat, parce que sa faute cruelle à mon égard l'avait marquée psychiquement. Mon pardon soulageait peut-être son cœur, mais sa conscience restait à jamais affectée par son crime. Rien ne serait jamais plus comme avant. Le pardon a sans doute des vertus, mais il laisse intacte la mémoire. Si je pardonnais à celui qui m'aurait tranché même involontairement la main, mon pardon pour être sincère ne ferait pas repousser ma main, et chaque fois que je voudrais me servir d'elle, je revivrais la scène de l'amputation, incapable d'oublier son horreur.

Réalisant soudain avec effroi mon incroyable bévue, je dis à ma femme sans la quitter du regard, que je ne l'aimais plus, que je ne pouvais plus aimer celle qui avait fait des choses aussi horribles. Deux choses. En réalité, une seule. La seconde appartient à mon cauchemar. Je lui disais donc que je ne pouvais plus aimer une femme qui, pour se débarrasser de moi, n'avait rien trouvé de mieux que de me faire arrêter par la police, comme c'est arrivé le 17 mars 2011, pour rien, aucun fait, par le cruel caprice d'une femme devenue folle à mon insu. Ça paraît invraisemblable, je sais, mais cela m'est arrivé pourtant. Au Québec où nous vivions alors, de telles aberrations sont possibles. Dans cette démocratie exemplaire que croit être le Canada, l'arbitraire existe, s'il ne règne tout de même pas. Une femme qui n'aime plus son mari, qui souhaite son départ sans que celui-ci veuille ou puisse partir (pas de ressources, dans mon cas), a la possibilité ultime, avec le concours des autorités policières, de porter plainte contre lui et de le faire arrêter, quoi qu'il ait fait, même s'il n'a rien fait. Je ferai plus tard le récit détaillé de ma sinistre aventure. Je reviens à ce rêve affreux.

Il me revenait à l'esprit, dans toute son horreur, le récit que ma femme m'avait fait de la manière dont elle s'était débarrassée de nos quatre chats, dont celui avec lequel j'étais venu de Belgique presque six ans plus tôt, mon fidèle et tant regretté Rouquinou. Elle leur avait mis le feu et ils étaient morts au bout d'une longue agonie. Je revoyais dans ce rêve la scène telle qu'elle me l'avait décrite des semaines, des mois, peut-être des années plus tôt. Nous étions dehors, en bordure d'une forêt. Ma femme, comme pour me prouver la réalité de son incroyable cruauté, me montrait le bout d'étoffe consumé qu'elle portait contre son ventre, lequel avait été une couverture, la couverture sous laquelle les chats avaient été confinés avant qu'elle n'y boute le feu. Son récit ne manquait pas de détails. Elle ne m'épargnait rien, me décrivant l'atroce souffrance des pauvres chats. Elle me racontait ça d'une façon monotone, d'une voix presque douce, sans émotion même retenue, ni fierté, ni haine. Fort imaginatif, je visualisais la scène en même temps qu'elle me la décrivait. Je la revivais plutôt, exactement comme si j'en avais été le témoin impuissant. La couverture enflammée, un soudain jaillissement de chats, le pelage en feu, la course égarée des chats, leur affolement, leurs cris... Et alors, la tête en arrière, comme pour gober la pluie ou prendre le Ciel à témoin de ma douloureuse folie, de mon anéantissement, je me mettais à hurler et à hurler encore, de pur désespoir...

Je me suis alors réveillé, en sursaut et en nage. J'ai tout de suite compris que je sortais d'un cauchemar, que nos chats n'étaient pas morts, surtout de cette façon, et qu'ils vaquaient à leurs occupations ordinaires, là-bas, d'où je suis éloigné désormais de 5000 kilomètres et un océan. Plus jamais, toi Mimi, toi Minifée, toi Tigrou, et toi mon vieux Rouquinou si fidèle, je n'aurai l'infini plaisir de vous choyer ni l'inquiétude que vous me procuriez parfois quand vous tardiez à rentrer. Plus jamais nous n'attendrons ensemble celle que nous appelions Maman, et plus jamais, moi-même, je ne retrouverai sur le visage perdu de ma femme le magnifique sourire qu'elle ne m'offrait plus depuis qu'elle-même s'est perdue je ne sais où, dans quelle folie dont je suis triste pour elle, plus triste que je ne suis d'avoir vécu de si pénibles choses depuis le 17 mars 2011, mon errance, ma vie brisée, ma peine à vivre, l'essoufflement de mes forces... Oui, Viviane, je t'aime encore, malgré tout, et n'ai jamais cessé de t'aimer. C'est à toi, au vrai, qu'il est arrivé quelque chose. Je voudrais comprendre. Je voudrais que tu sois là. Je voudrais te consoler du mal que tu m'as fait. 

4 commentaires:

  1. Je trouve très bien écrit ce texte douloureux.

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  2. Ahh! Suzanne s'est dévouée pour ouvrir le feu icite!! Bon, pendant que je reflechissais pour trier dans tout ce qui me venait à l'esprit ( beaucoup donc) on se défoulait chez le Vieux qui finalement, bon; tout ça .
    Il est terrible ce cauchemar, au sens propre évidemment , celui de la terreur. J'aurais bien aimé trouver des mots de réconfort (" ça peut aller que mieux blabla") mais ironie du sort ou conjecture des astres, il se trouve que moi aussi il m'est arrivé un truc vers le 17 mars ( le 16 en fait) --pas aussi grave ! mébon difficile à digérer quand même , car , oui, y'a eu trahison -- donc un truc qui au choix donne des envies de tirer dans le tas ( à la niche Erostrate!) ou enlè tout confiance en l'être humain ( Bardamu, lâche moi, steuplé) ...donc voilà... Ah oui aussi, j'aime bien les chats, ET les chiens ( Elstir si tu nous lis ;-) et aussi les chevaux.. mais ça nous entrainerait un peu loin ( et un rat, une fois...) Geargies

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  3. (Je voulais dire, "moi aussi, tout comme Suzanne", pardon.)

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