jeudi 15 septembre 2011

Toutes les mêmes !

Putain, la vache ! (Longlier, 2 août 2011)
On se demande parfois ce qu'on a fait au bon Dieu, quel crime il souhaite que nous expions. Ce blog existait depuis un seul billet quand, via Facebook, une femme se manifesta soudain et fit preuve à mon égard d'un vif intérêt. Elle se mit à « aimer » la moindre de mes réflexions et à commenter mes photos. Elle me confia son envie de discuter avec moi, sous le prétexte que « votre humour est plaisant et vous écrivez des mots qui me parlent ». À quoi, bon prince, je répondis : « Discuter ? Pourquoi pas ? Attrapez-moi par la barbichette un de ces soirs, ou utilisez la messagerie interne. Je réponds toujours... »

Il y a dès le départ un hiatus. Le jour où je décide, non de renoncer à mes facéties facebookiennes, mais de rétablir un certain équilibre entre le personnage public (hilare) et la personne privée (triste), me voici applaudi pour mes prestations clownesques. Imaginez un peu l'état d'esprit et les contradictions internes d'un Roberto Benigni recevant un soir de grande et insondable tristesse un quelconque Oscar, César ou Grand Prix du Jury à Cannes pour une comédie désopilante.

Ne vivant pas en permanence sur Facebook, n'étant pas disponible tout le temps, je suggérai à cette femme un rendez-vous nocturne, fixé à minuit, le 9 septembre. J'avais pris soin auparavant de signaler à mon interlocutrice que je lui faisais une faveur en acceptant de discuter en direct, car sans être hostile par principe à la discussion instantanée, je préfère l'écriture différée. 

Le jour dit, à minuit, nous commencions à discuter fort agréablement, ma foi, jusqu'à... cinq heures et demie du matin ! Elle parut vouloir remettre ça le lendemain. Je m'y opposai, alléguant une moindre disponibilité. Elle m'en tint rigueur. Depuis, elle me harcèle, et pleuvent les reproches... 

De deux choses l'une. Soit elle n'avait pour but que la discussion, et alors elle doit comprendre qu'elle a eu ce qu'elle désirait et qu'elle ne pouvait m'en demander davantage, du moins à cette cadence, soit elle avait autre chose en tête, et alors elle se heurte à mon inappétence actuelle en ce qui regarde les privautés amoureuses.

Je n'ai pas rebuté cette femme. J'ai seulement essayé de lui faire comprendre que les circonstances, de mon point de vue, ne se prêtaient guère aux galipettes. Si je ne suis pas disponible ce soir, je le serai peut-être demain ou bien la semaine prochaine. Je ne lui ai pas demandé d'attendre, mais d'être patiente, de ne pas exiger de moi que je sois disponible quand elle le décidait surtout et de la manière dont elle le décidait. Elle ne veut pas entendre parler de discussion par mail, et moi je ne veux pas me prêter à d'interminables palabres en direct. Depuis quand une « admiratrice » est-elle en droit d'exiger de son « idole » qu'elle réponde à ses caprices à la manière d'un automate ? Chaque écrivain est-il maintenant tenu d'engager de longs dialogues avec le moindre de ses lecteurs, sous peine d'excommunication, d'autodafé ? Il semblerait. 

Je ne suis pas dupe. Si cette femme a été touchée d'abord par mon esprit, par mon humour, elle a très vite eu envie d'autre chose, et j'ai la preuve de cela par la manière dont elle s'est vendue auprès de moi :

Je suis épicurienne, coquine, quelquefois même libidineuse et j'assume.

Je suis d'une nature voluptueuse, j'aime les plaisirs de la vie.

Je suis animale, indomptablement, érotiquement, intellectuellement, animale, sauvage ; je le sais.

J'ai tendance à attirer et à faire peur aux hommes : ma magie, ma force de caractère et ma fragilité réunies.

J'aime me mettre en danger... JE SUIS UNE ANTINORMES, une femme libre, qui ne supporte pas les conventions, qui crée ses propres règles, son rythme, sa respiration, qui entretient son désir, sa flamme ; je suis une incandescente !

... rebelle et provocante aussi selon le contexte... 

... j'aime le contact puissant, abrupt, la lutte, le corps à corps...

... j'ai une plaie béante en moi depuis longtemps, une blessure profonde, un immense besoin d'amour et aussi de tendresse. Et faire l'amour est un besoin énorme chez moi !

Figure-toi que tu es justement le genre d'homme qui m'attire...

À ton avis, changeons de sujet, à combien de kilomètres es-tu de chez moi ?

... je rêve d'un amant qui me fasse découvrir d'autres contrées car je suis en appétit constant et très « ouverte ».

Nous parlons ensemble depuis des heures et je t'apprécie beaucoup, voilà.

Voilà me semble-t-il des propos qui dépassent de beaucoup le cadre littéraire. Évidemment, ce ne sont pas des propos de ce genre qui m'agressent. Là où je me sens, non pas agressé, mais bousculé, c'est dans mon souhait de ne rien précipiter : « Je ne sais trop que dire. Je suis attiré, et en même temps pas trop. Ce n'est pas une question de personne, mais de disponibilité personnelle vis-à-vis des choses de l'amour. Je rêvais d'être seul après six ans, je ne le suis que depuis 6 jours... Laissons s'installer les choses. »

Le soir suivant, je lui fis cet aveu : « Tu m'excuseras, mais je ne vais pas bien du tout. Je n'ai qu'une envie, c'est de me cacher, de disparaître au fond d'un trou. Pourquoi ça m'arrive maintenant seulement, six mois après ? La solitude, sans doute... J'aime la solitude et surtout j'en ai besoin, mais je n'ai plus l'habitude, j'ai perdu tous mes repères et je suis encore, dans ma tête, là-bas. J'aurais certes besoin d'amour, mais je crains d'être fort peu aimable en ce moment et d'être bien lourd. »  

Elle me fit savoir qu'elle était déroutée et triste.

La suite n'est plus qu'un long dérapage de sa part, une suite non bémolisée d'aigreurs et de récriminations — comme si je l'avais trahie. Elle n'accepte pas que je sois moins drôle que prévu. Elle n'accepte pas, non que je veuille, mais que je puisse souffrir, serait-ce momentanément, à cause d'une histoire vieille de six mois et d'une femme qui n'a pas su me rendre heureux (dit-elle). Me voilà sommé d'avancer, bordel ! « au lieu de vivre dans un passé obscur ». J'ai même droit à un épisode joli de jalousie frelatée, après avoir, lundi, dédié ma note du jour « à une dame pieuse (...) dont le mail dominical a été pour moi une source de joie, un sillon neuf tracé vers l'espérance » : « Je vois que tu m'as bien vite mise de côté ; d'autres femmes sont sans doute plus intéressantes... Pas grave, je voulais juste faire la remarque en passant. Sans doute est-ce la dame pieuse du mail dominical qui t'a fait oublier le reste... » 

J'en connais une, quelque part, qui doit bien rire dans son Missel...

Gabriel Matzneff, dans un livre où il relate son histoire avec son ex-femme Tatiana, met en exergue ce trait typiquement féminin consistant à renier le passé avec virulence parfois : une femme jadis très amoureuse niera l'avoir jamais été. L'homme semblerait moins sélectif à cet égard, plus sujet à la mélancolie. Son passé, pour un homme, est une accumulation de strates formant au final l'identité profonde d'un individu. L'homme vivrait dans l'épaisseur charnelle et spirituelle du temps ; la femme irait d'instants en instants, telle une biche parfois gracieuse sautillant d'une place à l'autre, oublieuse le soir de ses rêves du matin, niant le lendemain ses élans de la veille, accusant le mâle d'avoir pris ses désirs pour des réalités et se moquant de lui comme d'un cave. 

C'est exactement ce qui m'arrive. Et si cela me désole (le trait psychologique, la récurrence), cela m'amuse aussi. On n'a pas tous les jours la chance de voir réunis chez une seule personne autant de traits typiques. Ça minaude, ça ronronne, puis ça vous griffe au sang. Rien que de très prévisible. Je sors indemne de ce roman à l'eau de rosse. Je n'étais pas non plus sans méfiance, et ce dès le premier paragraphe, pour avoir mis le nez, l’œil plutôt, dans son album photographique.

Les photos du profil de cette femme — qu'elle change chaque jour ou presque —, sont toutes pareilles : elle, elle, elle — son chien —, elle, elle, elle, avec une certaine pose, une certaine moue (femme fatale !), les cheveux ébouriffés ; lionne, certainement plus que dinde ou autruche. Je lui trouve un air à la Jeanne Moreau. Ce n'est pas à son avantage. Fanny Ardant, à cinquante ans, m'aurait séduit ; pas Jeanne Moreau à vingt ans (donc moins encore au double de cet âge). Question de feeling, de goût personnel. Une femme que tout le monde trouve belle n'est pas forcément à mon goût, et si d'aventure, caprice ou jeu, elle se livre à moi, je suis parfaitement capable de la renvoyer à son miroir si elle se mire, à son tricot si elle tricote, à son fricot si elle fricote. N'importe quelle femme ne me séduira pas, et s'il me plaît de trouver plaisant un laideron notoire, cela me regarde. J'aime la simplicité, pas l'affectation. J'aime qu'une femme soit belle sans avoir à s'en vanter ; idem pour l'intelligence. D'ailleurs, je ne me vanterais pas d'avoir un goût sûr en matière féminine. Je fonctionne au pif, à l'instinct. « Mes » femmes n'étaient pas toutes jolies, du moins si je me réfère à l'esthétique usuelle. Un jour, j'ai flashé sur une femme qui avait de magnifiques yeux noirs et un sourire de magicienne qui transformait tout son visage, tel un enchantement — mais ce qui tourneboulait mes sens chez elle, c'était sa... moustache !

13 commentaires:

  1. Drôle ! Me voici le sourire aux lèvres après ce récit fantastique (comme on le dit de certains contes) !

    Un seul mot quant au fond de l'affaire : Quelle patience de votre part, cher Ygor !

    Vos mésaventures québecoises vous auront peut-être aidé cette fois-ci à vous éloigné du danger avant que les flics s'en mêlent ! ;-)

    Bien à vous.

    P.-S. : Une femme qui use tant du 'Je' est en effet suspecte !

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  2. Courage, fuyez !

    (En plus, cette dame, d'après les extraits de ses propos rapportés ici, a l'air d'avoir d'elle-même une opinion à fois très haute et passablement ridicule.)

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  3. "J'en connais une, quelque part, qui doit bien rire dans son Missel", sans parler de tous ceux qui connaissent C et D!

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  4. "je rêve d'un amant qui me fasse découvrir d'autres contrées car je suis en appétit constant et très « ouverte ». "

    Waouh.
    Yaurait une association de bienfaitrices tarifées derrière cette page de pub que ça ne m'étonnerait qu'à moitié.

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  5. hummm "nid à emm****" on dit par chez moi.. donc d'accord avec Didier (pour changer!) courage, fuyez.. allez chez la Dame au missel.. je crois savoir qu'elle fait très bien la cuisine et à l'âme fraternellement consolatrice :-)) Geargies

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  6. Mmmmoui... Mais ne vous est-il pas venu à l'esprit, Ygor, que cette femme faisait une poussée hystérique ? Ce qui me réjouit, c'est qu'elle ait pu vous inspirer cette longue pensée qui vous a réjoui un peu ainsi que vos lecteurs assidus. Mais n'est-ce point un jeu, chez certaines folles du logis Facebook, que de vouloir se prendre pour je ne sais quelle femme fatale, comme on en voit dans ces stupides films érotiques ? C'est en effet une réunion de tous les clichés. Peut-être met-elle au point un scénario pour un film où vous serez son partenaire... Méfiez-vous des réalisatrices qui font leur cinéma sur Facebook, et Dieu sait (ou le Diable) si elles sont légion. Maintenant, il est vrai que vous êtes un "homme troublant". Point n'en dirai davantage.
    Mais je vous souhaite un bon anniversaire, même si je suis décalée d'un jour. Si, si, il est bon ou il l'a été, ou il l'est encore.

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  7. Le monde est plein de déjantés.
    Ou de malheureux solitaires prêts à tout pour un peu de chaleur humaine...
    Si ça se trouve, cette dame est très sympa, en plus d'être "ouverte". Elle en fait juste un peu trop.

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  8. "Une femme qui use tant du 'Je' est en effet suspecte !"

    Ah oui ? Seulement les femmes ? Pourtant, il y a beaucoup de "Je" ici et là, sur les blogs, et beaucoup sont tenus par des hommes. De plus, Monsieur Yanka qui se targue d'être un gentleman, n'hésite pas à dévoiler sur son blog, des écrits qui lui avaient été fait en privé.

    Mais, en effet, je plains de beaucoup cette femme dont on devine très vite, grâce aux informations pertinentes sur le sujet, l'identité, car amie au Facebook du taulier, et qui demeure son "amie", malgré l'humiliation subie. Franchement misérable que tout cela.

    Marie couche toi là...

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  9. Il s'agit d'extraits, d'où peut-être saturation du "je" (les extraits n'ont pas été choisis pour cette raison toutefois).

    Pas confondre le simple "je" de la personne qui parle avec celui de qui ne parle que de lui, pour se jeter des fleurs et des louanges. Le "je" dans "j'ai mal" n'a pas la même enflure que le "je" dans "Je suis beau, grand et fort".

    M. Yanka hésite beaucoup et souvent. Rien de très intime de dévoilé ici, quelques phrases prélevées çà et là, qui ne compromettent personne.

    Faut savoir à qui on écrit. Les écrivains ont la plume et le révolver facile si on leur casse un peu trop les burnettes.

    Plaignons, plaignons... Cette femme demeure mon amie sur FB... oui... Elle avait claqué la porte, puis est revenue, et j'ai permis qu'elle reprenne une place que je ne lui avais pas demandé de quitter.

    Humiliation ? Voyons, voyons... ! Les gens se foutent pas mal de savoir qui elle est. Si elle se sent ridicule ou humiliée, alors que je la distingue (je ne consacre pas des notes à n'importe qui), c'est peut-être qu'elle a été un peu ridicule. Mais quelle importance ? Ça arrive à tout le monde, moi le premier, et j'en ris.

    Marie, non, justement, ne te couche pas là. Ce n'est pas le genre de la maison. Assieds-toi, discutons, et si ça vaut la peine, si tu le désires, alors oui, glissons-nous sous la couette. Il y a une épreuve de sélection, chez Yanka... impitoyable !

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  10. Il y a une chose que cette femme ne semble pas vouloir comprendre. Elle déboule dans ma vie soudain et souhaite de ma part une disponibilité que je ne peux pas accorder (pas à cause d'elle précisément, mais des circonstances). Elle ne prend pas le temps de me connaître un peu et s'étonne de mes réactions. Certaines personnes sont mes amies sur FB depuis fort longtemps et elles ne prétendent pas obtenir de moi ce que je ne puis ou ne veux donner : mon temps, par exemple, dont je dispose comme je veux. Ceux-là savent de quelle étoffe je suis faite, comment je réagis et à quoi. Je discute parfois vivement sur FB avec des personnes (amis d'amis) qui ne méritent pas toujours une telle attention, mais jamais je ne me dispute pour des questions d'égo, de zizi. Ça ne m'intéresse pas. Tout ce que je peux dire à ceux et celles que j'intéresse pour telle ou telle raison, c'est de prendre le temps de me découvrir et de voir qui je suis vraiment. Je suis sans surprise, d'une grande fidélité, mais faut savoir respecter la bonne distance avec moi et ne pas vouloir que, exiger que. Certains, à qui je n'ai rien recommandé pourtant, de qui je n'exige pas qu'ils se comportent comme ceci ou cela, intègrent facilement ce code implicite. D'autres sont plus maladroits. Je tolère la maladresse et suis d'une grande patience, mais je ne suis pas non plus une maison d'accueil.

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  11. Non, m'sieur Yanka, faut pas rêver. Si j'ai signer Marie... couche-toi là, c'est que je suis déjà au lit. Il ne me reste que 3 mois à vivre, peut-être 2, peut-être 4, God knows. Je suis arrivée ici au hasard du "blog suivant" en haut, juste là. Laissez faire la couette, là où je suis, il n'y a que draps blancs et blancs draps. Si, j'ai lu, c'est par questionnement du besoin qu'on les gens à étaler leur vie sur le net. Quel peut bien être ce besoin ?

    Marie tu dors...

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  12. Curieux, cette passante qui en sait autant que moi sur mon actualité FB...

    "Besoin qu'ont les gens d'étaler leur vie sur le Net"... Étalage, vraiment ? Je ne peux parler pour les autres, mais j'ai justifié la démarche de ce blog par une logique de survie, ce qui n'était pas le cas du précédent, nettement plus axé sur la littérature.

    Et puis vous oubliez une chose, c'est le bête plaisir de l'écriture et celui d'être lu par des gens qui apprécient votre plume, votre manière de dire, d'agencer les choses. Et vous oubliez que je n'ai pas attendu le Net pour écrire et qu'un écrivain, ça parle du monde et de soi dans le monde, ce qui s'appelle tout simplement de la philosophie, chose très ancienne, vous savez.

    Vous reprochez aussi à Montaigne, comme Pascal, de faire de soi non l'axe, mais le fil rouge de sa philosophie ? Il s'étalait, Montaigne ?

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