jeudi 8 septembre 2011

Sidération du clown

Ciel chargé de nuages au Plessis-Hébert, (21 juin 2011)
Il y a d'agaçant avec les apprentis psychiatres qu'ils savent toujours mieux que vous ce qui motive vos actes. Nulle part, sinon sur Facebook, je n'ai donné la raison de ce blog. Je ne vois pas la nécessité de justifier ma démarche. Que d'aucuns la jugent malsaine ne l'empêchera pas de m'être utile. Ce blog, c'est ma survie. Il est possible maintenant que ma survie puisse être considérée comme une chose malsaine.

L'interface du blog est prête depuis quinze jours au moins. Mon premier message a été publié le jour de sa rédaction. En me mettant au clavier, je ne savais pas ce que j'écrirais, mais je savais sur quoi. À cause de ce cauchemar que j'évoque et qui m'a obsédé de longues heures. Contrairement à mon ordinaire, en violation de ma coutumière pudeur, je me suis répandu. J'ai montré de moi la face sombre, alors que je suis plutôt connu dans ce monde virtuel comme un luron tout aussi joyeux que féroce parfois. Internet aime les masques. J'ai ôté le mien, je montre mes plaies, mes cicatrices, et quelques dames s'évanouissent dans la salle. Désolé, cher lecteur, mais je n'ai en magasin pour l'heure que des accessoires abîmés, des costumes élimés, des fripes pisseuses et passablement malodorantes. Je ne les exhibe pas en triomphe. Je n'ai plus que ça à me mettre. 

Sur Facebook, tout récemment, j'ai été sollicité par une dame un peu connue dans la blogosphère pour être son ami. Un sympathique message accompagnait sa demande, et il m'a étonné. Elle m'écrivait ceci, qu'elle tournait depuis un moment autour de cette question d'amitié virtuelle sans se décider, pour la violente raison que je l'intimidais. L'idée que je puisse intimider quelqu'un me sidère, car si je me montre distant parfois, je suis un gars simple et accessible, courtois comme il n'est plus dans l'usage de l'être. Je lui ai donc demandé pourquoi je l'intimidais, si elle le savait. Car, figurez-vous, ce n'est pas la première fois que l'on me rapporte que j'intimide ou impressionne. Dans ce cas particulier, je me suis fourré, accusant mon style, ma tournure d'esprit, ma verve si féconde, d'être la cause objective de cette malencontreuse timidité à mon égard. Non, m'avoua-t-elle, ce n'était pas ça, mais bien plutôt ma discrétion, ma réserve, une certaine et muette distance que je semble capable naturellement de mettre entre tout le monde et moi, par protection peut-être, suggère avec habileté la dame. 

Elle a vu clair dans mon absence de jeu. Je suis ainsi, de fait. En vérité, je pense être fort peu là. Je suis ailleurs, non plus haut, mais plus loin, pas devant, mais derrière, engoncé dans mes souvenirs, mes rêves inaboutis. Ma distance n'est pas sociale, mais temporelle. Je ne suis de ce temps que d'une jambe, et encore est-ce une jambe frileuse. 

Ma discrétion... C'est un fait que, tout en étant fort présent sur Internet (ce qui est paradoxal étant donné l'aveu que je viens de faire), je ne m'y répands guère. Si je n'ai rien à dire, je me tais. Je ne suis pas tant que ça imbu de ma personne, d'ailleurs insignifiante, pâlotte et brouillonne. Et parler de moi pour vanter le galbe parfait de mes pensées, sinon celui de mes roubignolles, ce n'est pas ce qui me motive le plus. Si j'écrivais moins bien et si je chantais mieux, je ne passerais pas davantage mes journées à chanter que je suis grand, beau et fort, puisque ce n'est pas vrai.

N'empêche que cette petite et fort intéressante discussion avec Zoé m'a incité deux heures durant, ensuite, à réfléchir sur l'idée que les autres pouvaient bien se faire de moi, et si leur vision de ma personne n'était pas une image non pas déformée, mais parcellaire. Et s'ils me voient tel que je ne suis qu'en partie, ce n'est pas à cause de lunettes défectueuses, c'est moi-même qui ne projette que la sempiternelle et bariolée lumière du clown que je peux être parfois, mais que je suis en permanence sur Facebook (l'unique endroit où je répands ma prose depuis la fin d'Opus XVII, mon précédent blog), faussant ainsi moi-même la perception que l'on a de moi. Le clown n'est pas toujours drôle, mais il aime rire et faire rire, à ses dépens parfois.

Sur Facebook, donc, en dehors de brèves saillies politiques, je me suis spécialisé dans l'historiette paradoxale ou franchement burlesque, dans des tons qui rappellent à la fois Lichtenberg et Marcel Mariën. Que, là derrière, se cache un boudin noir un peu moisi, nul ne peut le soupçonner. Et c'est ainsi que je me force parfois pour être désopilant et que j'arrive à l'être, tandis qu'au-dedans je suis triste infiniment, pour la raison précise que je crois ma vie terminée pour ce qui est de la joie, des femmes, etc. 

J'ai décidé que je serais désormais tout ce que je suis, et tant pis pour la boue, car j'en suis plein, et de brouillard et de larmes et de merde gluante. Je veux bien rire encore et faire rire, sauf que je veux aussi exister dans ce qui affecte moins l'écrivain que l'homme. Pour survivre, non pour m'exhiber à la manière blafarde d'un Costes.

2 commentaires:

  1. Jetez tout, cher ami, on triera nous mêmes... par ailleurs, c'est curieux, vraiment! mais le mot "costes" me met moi aussi dans des transes iréniques insoupçonnables, et bien sûr pratiquement incompréhensibles sans de longues, pénibles, et déplacées explications, que je ne donnerai donc pas, mais qui font de notre connivence spatiotemporelle le cadre d'un vaste fou-rire , apparenté à un pied de nez du destin.. Geargies

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  2. Bonjour yanka
    "...réfléchir sur l'idée que les autres pouvaient bien se faire de moi, et si leur vision de ma personne n'était pas une image non pas déformée, mais parcellaire."
    Nous en sommes tous là, à condition de ne pas se contenter de parcellaire.
    La vision que nous donnons de nous sur le net n'est pas que parcellaire. Elle est aussi complètement faussée, déformée, oui.

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