lundi 12 septembre 2011

Ma sensualité m'éloigne du tombeau

D'où vient parfois sinon la lumière, le réconfort d'une prière...
Un jour, il va se passer quelque chose, qui ne sera pas obligatoirement dans l'ordre du drame. Ce jour-là, le déclic va se produire et je serai libéré. Sans doute sera-ce un jour quelconque, ni plus ensoleillé, ni moins pluvieux qu'à l'ordinaire. Rien ne dit que j'aurai alors conscience de ce déclic. La pièce tombera plus tard. Je sentirai que je suis libéré, semblable au prisonnier qui ne prend conscience de sa liberté retrouvée que dehors et non au moment, pourtant solennel, où il franchit le seuil de sa geôle pour en sortir enfin.

Évoquer la mort, en rappeler l'existence, envisager de me soustraire à mon désarroi par le suicide, est une façon de tenir le monstre en respect. Je ne veux pas mourir, ni maintenant, ni plus tard. Que parfois, aux pires heures, je me sente acculé, et que la perspective de m'ôter moi-même une existence tournée à l'aigre apparaisse comme l'unique solution, le passage obligé entre la douleur et son absence (mais d'une conscience à l'inconscience), ne fait pas de moi un candidat potentiel au suicide. Si je décide jamais de sortir du terrain avant la fin du match, ce sera l'effet d'une décision raisonnable et froide, longuement mûrie, et non sous le coup d'une émotion, d'un coup de tête, d'une trop adolescente pulsion. Je me connais aussi : je crains le vide, je crains l'eau, je crains le sang, et la perspective m'est odieuse d'offrir à un innocent la vision soudaine de mon cadavre prématurément sorti des rails de l'existence. Je suis donc un peu coincé dans la vie, obligé de faire avec. 

Je veux ici rassurer ceux et celles qui se soucient de moi : je ne me laisse pas aller, bien au contraire. Je lutte. Je me décourage vite et souvent, mais un rien a l'art aussi de me remettre en selle. J'ai mes petits trucs pour me rappeler combien l'existence est douce parfois, des trucs à la Delerm. Ainsi, au Plessis-Hébert, chez les bons Goux, le plaisir intense de goûter les premières framboises prélevées à même les arbustes, malgré les orties et les chardons. Plus récemment, les mûres gorgées de soleil, sur le chemin de Perchepai, à Longlier. Ma sensualité m'éloigne du tombeau. 

Ce qui toutefois m'inquiète, c'est mon incuriosité de l'endroit. En dehors de mes démarches administratives et de mes emplettes, je reste confiné chez moi. Nulle envie de découvrir quoi que ce soit alentour, de m'intégrer au décor ; moins encore de lier connaissance avec des habitants. Pas pressé de savoir qui est qui dans ce village (cousin de..., neveu de...), ni qu'on sache qui je suis, moi (fils de..., parent avec...). D'ordinaire, je suis plutôt enclin à me plonger dans mon nouvel univers. Au Plessis, où je savais pourtant n'être que de passage, je me suis intéressé au village et à ses environs. Plusieurs fois, j'ai fait à pied le trajet jusqu'à Pacy, par les chemins joliment appelés de traverse. J'ai pris de nombreuses photos : bâtiments, paysages. Ici, rien. Je ne semble pas vouloir m'installer. Il le faudra pourtant. Ce beau village (objectivement), je le trouve laid (subjectivement). Parce que j'y suis. Parce que je dois y rester. Parce que le choix ne m'est pas offert de vivre là où je voudrais être, au soleil, au bord de la mer, avec en point de mire l'horizon. Je ne néglige pas la possibilité que je sois devenu un vagabond, qu'être fixé quelque part — Dieu sait pour combien de temps ? — me procure de l'angoisse. Au fil du temps, des pérégrinations, je semble avoir perdu les ventouses qui, longtemps, m'ont enraciné là plutôt qu'ailleurs, où j'étais, malgré moi, où j'aurais pu ne pas être, car rien dans cette ville oubliée ne m'y retenait vraiment, en dehors de l'habitude — et d'où, répondant à l'appel d'une Fée lointaine, je fus magiquement ravi pour m'établir aux Amériques, le 22 juin 2005... 

Je dédie cette note à une dame pieuse qui se reconnaîtra, dont le mail dominical a été pour moi une source de joie, un sillon neuf tracé vers l'espérance.

2 commentaires:

  1. Voyons, tu n'es pas prisonnier de ce village ! C'est juste un passage obligé en attendant mieux. Courage.
    Jolie lampe, merci X

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  2. Ayant moi-même passé des moments assez horribles (comme bien des gens, d'ailleurs) je comprends en partie ce que vous pouvez ressentir. Je dis en partie car chacun ressent les choses à sa manière. Je sais également, pour l'avoir ressenti, à quel point tous les mots, si pleins de bon sens soient-ils, qu'on peut prononcer pour tenter d'apaiser le désarroi d'autrui semblent vains à qui traverse une crise.Je voulais simplement vous dire que je lis avec intérêt et émotion votre nouveau blog et que j'espère que votre reconstruction sera rapide. Avec toute mon amitié, Jacques

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